Famille

Santé mentale de l’enfant : repérer les signes d’inquiétude

Un enfant sur huit développe un trouble anxieux avant l’adolescence, selon l’Organisation mondiale de la santé. Les troubles émotionnels figurent parmi les problèmes de santé les plus fréquents chez les jeunes Européens, dépassant les troubles physiques chroniques. Pourtant, la plupart des symptômes passent inaperçus pendant des mois, voire des années.

L’absence de plaintes verbales ne signifie pas l’absence de souffrance. Les comportements atypiques ou les changements subtils dans la routine quotidienne peuvent signaler une difficulté profonde, souvent confondue avec une simple phase de développement ou un caprice passager.

Pourquoi la santé mentale des enfants mérite toute notre attention

Le trouble anxieux chez l’enfant ne s’explique ni par la volonté ni par la fatalité. Ce qui se joue, c’est bien une réalité collective qui nous concerne tous. Laisser de côté les premiers signaux, c’est prendre le risque de voir s’installer des difficultés qui, tôt ou tard, pèseront sur le quotidien et le futur de chacun. Les facteurs de stress sont partout : pression académique, tensions à la maison, omniprésence des écrans, solitude, précarité. Chez les plus jeunes comme chez les adolescents, la période de développement s’accompagne d’une fragilité psychique qu’il serait hasardeux de négliger.

Les troubles de la santé mentale chez les enfants et les adolescents peuvent apparaître bien avant l’adolescence. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près d’un jeune sur huit présente un trouble anxieux, un constat qui alarme les professionnels. Les troubles anxieux et les troubles du développement sont régulièrement diagnostiqués, bien plus souvent que nombre de maladies physiques.

Voici quelques manifestations qui doivent interpeller :

  • Retrait social ou repli sur soi
  • Changements d’humeur soudains
  • Douleurs physiques sans cause médicale claire

La vigilance des parents et de l’entourage s’avère décisive. Décoder les premiers signaux, comprendre ce qui nourrit l’anxiété des enfants et adolescents, voilà la base d’une prévention efficace. La santé mentale ne se limite pas à l’absence de trouble ; elle s’épanouit, jour après jour, dans un environnement qui sait écouter même ce qui ne s’exprime pas à voix haute.

Quels signes peuvent révéler une souffrance psychologique ou de l’anxiété chez l’enfant ?

L’anxiété chez l’enfant ne se déclare pas toujours bruyamment. Souvent, le malaise s’invite dans les gestes quotidiens, se dissimule dans les silences. Les symptômes anxieux prennent différentes formes, parfois discrètes, parfois déconcertantes. Un adulte attentif remarque des changements : un enfant sociable qui s’isole, une jeune fille qui ne veut plus aller à l’école, un élève dont le regard se perd, absorbé par des pensées qu’il n’ose plus partager.

Le corps aussi parle. Lorsque les maux de ventre, les migraines, les nuits agitées ou les pertes d’appétit s’accumulent sans raison médicale, il faut s’interroger. Certains enfants consultent à répétition pour des douleurs inexpliquées. D’autres deviennent nerveux, irritables, ou développent une peur de la séparation qui bouleverse le quotidien.

Les signes suivants reviennent fréquemment :

  • Isolement soudain ou retrait social
  • Modification des résultats scolaires ou du comportement en classe
  • Apparition de rituels, d’obsessions, de peurs inhabituelles
  • Multiplication de plaintes physiques (maux, troubles digestifs, céphalées)

La variété de ces troubles anxieux complique parfois le repérage. Un trouble anxieux de séparation peut se manifester par une dépendance accrue à l’adulte ou des crises lors des séparations. L’enfant ne met pas toujours de mots sur sa détresse : il l’exprime à travers son corps, ses habitudes, ses relations. Savoir repérer ces indices, c’est ouvrir la voie à un accompagnement adapté, au bon moment.

Fille de 10 ans regardant jouer dans la cour

Des pistes concrètes pour soutenir un enfant en difficulté émotionnelle

Quand un enfant souffre, le réflexe du silence ou du « ça va passer » revient vite. Pourtant, la première étape consiste à instaurer un dialogue sincère, sans jugement ni banalisation de ce qu’il ressent. Une écoute attentive, patiente, fait toute la différence. La présence stable d’un adulte, parent, enseignant, professionnel de santé, offre un socle sécurisant, propice à la confiance.

L’accompagnement ne s’improvise pas. Les interactions parents-enfant prennent une place centrale dans le soutien, à condition de miser sur l’empathie et non sur la pression. Mettre des mots sur les émotions, encourager l’expression, reconnaître la peur ou la tristesse sans chercher à les balayer, permet à l’enfant de se sentir reconnu et compris. Pour certains, un soutien extérieur s’avère bénéfique : la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est souvent conseillée par la société canadienne de pédiatrie ou l’académie américaine de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Cette approche aide l’enfant à identifier, comprendre et apprivoiser ses pensées anxieuses.

Quelques mesures concrètes peuvent être mises en place :

  • Consulter un pédiatre en cas de doute qui persiste.
  • Établir des routines et des repères qui rassurent et soutiennent la résilience.
  • Mobiliser le soutien familial et, si besoin, faire appel aux réseaux de prévention et de promotion de la santé mentale.

Le soutien parental ne consiste pas à tout maîtriser, mais à entourer l’enfant sans l’étouffer. Il s’agit d’éviter la stigmatisation et de lui rappeler qu’il n’est pas seul dans ses difficultés. Une vigilance partagée, une attention continue : la santé mentale de l’enfant se construit dans une alliance solide, faite de confiance et d’écoute, entre famille, école et professionnels. Grandir, c’est parfois traverser des tempêtes. Savoir les reconnaître et les affronter ensemble, c’est donner à chaque enfant une chance de retrouver l’accalmie.